Retour sur le Festival Panafricain d’Alger, édition 2009 Présence remarquée du photographe Samuel Fosso

, par Baudouin Bikoko

Trente photographes africains ont fait parti de l’exposition "Reflets d’Afrique" dans le cadre du Panaf 2009 un grand festival artistique réunissant les artistes africains de toutes les disciplines et cela, durant tout le mois de juillet. Parmi eux, figurait le maître de l’auto-portrait, le camerounais

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Samuel Fosso © Baudouin Bikoko

Samuel Fosso qui vit et travaille à Bangui en République Centrafricaine. Joncher du haut de son 1,6Om, et toujours d’un abord facile cette star de la photographie africaine n’est pas grisée par le succès. Il s’est prêté à un entretien…

Comment fait-on, comme africain, pour devenir star de la photo ?
Je ne suis pas une star, mais seulement un photographe qui fait un métier qu’il aime.

Un photographe célèbre tout de même…
C’est mon travail qui est reconnu, j’en suis fier et heureux.

Au fait, pouvez vous nous dire qui est Samuel Fosso ?
Je suis né au Cameroun, d’un père camerounais et d’une mère nigériane. A quatre ans, je suis tombé malade et ai perdu l’usage de mes jambes. Ma mère m’a amené au Nigeria auprès de mon grand-père qui était guérisseur pour me soigner. Nous sommes resté bloqués au Nigeria suite a la guerre de Biafra. Ma mère mourut, ainsi que mon grand-père. C’est ma grand-mère qui s’est occupé de moi, plusieurs années durant.

Et comment s’est fait la rencontre avec la photo ?
C’est mon oncle qui est venu de Bangui s’enquérir des nouvelles de la famille qui m’a ramené avec lui ; après avoir longuement palabrer avec ma grand-mère. Il me donna un travail en m’ouvrant un commerce avec des produits d’alimentation et divers. Ensuite, on s’est lancé dans un débit de boissons. Le gouvernement centrafricain de l’époque obligea les étrangers tenanciers de débit des boissons à payer une taxe de 5000.000 Fcfa, une fortune à l’époque. C’est ainsi que nous avions eu à arrêter les activités. L’oncle proposa alors de m’ouvrir un studio-photos afin que je puisse gagner ma vie. Comme vous le constater, j’ai donc commencé par la photographie alimentaire me permettant de vivre.

D’ou vous est venu l’idée des autoportraits ?
A la fin de la journée, avant de passer au labo, je voyais qu’il me restai quelques pauses du film, je m’amusai alors à me photographier. Cela, pour envoyer des photos a ma grand mère au Nigeria ce qui lui permettait de voir l’évolution de son petit fils. C’était aussi une sorte de revanche pour moi car enfant ,je n’ai jamais eu à faire des photos.

Comment s’est fait la rencontre avec le monde artistique ?
Bernard DECAMP, un photographe français qui vivait à Bangui est venu me voir a mon studio. Il procédait à une sélection des photos pour le compte d’AFRIC’EN CREATION (aujourd’hui CULTURES-FRANCE) qui cherchait à organiser la première édition des "rencontres photographiques de BAMAKO". Je lui ai remis des photos et films qu’il a envoyé à Paris. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu le consul de France à Bangui qui est venu m’annoncer que j’étais sélectionné et je devais, de ce fait, faire le voyage de BAMAKO. A cette même occasion, j’ai gagné le prix des "Rencontres de Bamako".

Pour un artiste, comme vous, qui a l’habitude des grandes manifestations culturelles, quelles sont vos impressions sur le PANAF 09 ?
Je suis d’autant plus heureux et fier par le fait qu’il est organisé par des africains. Quarante ans après la première édition, c’est un grand honneur d’être parmi les participants.

Avez-vous des appréciations sur les différents travaux qui sont présentés à Alger ?
Sur le plan de l’imagination ainsi que de l’esthétique c’est tout à fait remarquable. Mais il faudra aussi aller dans les détails, travailler plus sur la netteté des photos. C’est comme une sculpture, sans détails elle n’est rien.

Envisagez vous d’aider les jeunes photographes africains ?
Actuellement, il se déroule une expo à Bangui ; depuis le 17 juin jusqu’au 1ér août 09. Je fais ce genre des choses pour encourager la jeunesse qui se lance dans la photographie et je critique aussi afin qu’elle puisse apporter des améliorations par rapport à ce qu’elle fait. L’organise aussi des ateliers de formation.

Merci.
c’est moi qui vous remercie et salue par la même occasion tous les artistes de RDC. Je leur demande de ne pas se décourager, car moi ’ai mis 20 ans pour être ce que je suis.

Propos recueillis par Baudouin BIKOKO