Visite guidée de « l’arrière – Campus » Le quotidien des étudiants ivoiriens au jour le jour

, par Camille Millerand, Donatien Kangah

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Entre la grève des enseignants et la « Play-mania », juste le temps d’une courte visite guidée de « l’arrière – Campus » pour enfin rencontrer un champion EX-CEP-TION-NEL. Bonne lecture !

ACTU | Grève dans le supérieur public

Débutée il y a trois (3) semaines, la grève lancée par la Coordination nationale des enseignants chercheurs (CNEC) en vue de réclamer le paiement de la prime de recherche de juin 2009 a été reconduite pour une période de deux (2) semaines.

Encore deux (2) semaines sans cours
C’est ce qui ressort de l’assemblée générale qu’ils ont tenue ce vendredi 20 novembre à l’Amphi A de l’Université de Cocody. Pour les enseignants, c’est le seul véritable moyen de pression dont ils disposent aujourd’hui pour se faire entendre du gouvernement même s’ils reconnaissent n’avoir pas été encore reçus depuis le lancement de cet énième mouvement de grève. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé, selon certaines indiscrétions, l’AG à opter pour un durcissement relatif du ton. « Si rien n’est fait d’ici deux semaines, nous nous réunirons. L’AG prendra acte et décidera de la marche à suivre » poursuit notre source. Il est à noter toutefois que ce mouvement ne concerne que les activités pédagogiques (cours, corrections etc.) et que la recherche, quant à elle, se poursuit.

Un coup dur pour des étudiants de plus en plus exaspérés
C’est un nouveau coup dur pour les étudiants qui espéraient en une reprise des cours ce lundi. Malheureusement, ils devront attendre encore quelques semaines pour espérer retrouver leurs maîtres dans les amphithéâtres et autres salles de Travaux Pratiques ou Dirigés. Des semaines qu’ils ont décidé de mettre à profit en se préparant pour les examens de fin d’année. L’on a pu ainsi, ce lundi, rencontrer nombre d’entre eux, livres et cahiers sous les yeux, révisant sereinement.
Ils ne désespèrent pas car disent-ils « ce n’est pas la première fois ! »Le « spectre de l’année blanche » pour les facultés retardatrices ne les inquiète pas du tout ! Ils le connaissent ! Ce n’est plus véritablement un souci pour eux tant il réapparaît souvent. Le sentiment, par ailleurs, qui ressort en général des réactions, c’est l’exaspération. « On est fatigué ! », entend-t-on dire. « Nous sommes devenus un bétail qu’ils malmènent (les profs)… », ajoute un autre. « Que le gouvernement résolve une fois pour toute cette question pour qu’on en finisse ! »

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Amphi de langue, Cheikh Anta Diop © Camille Millerand

MOOV | « PS Mania » ou la passion de la « Play »

Plus qu’une tendance, la « Play » (contraction familière de la PlayStation) fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des étudiants ivoiriens. C’est devenu après le football, l’ « autre sport national » des cités « U ». Un jeu de plus en plus prisé d’autant plus qu’il est- en plus du plaisir qu’il procure - générateur de revenus.

Le plaisir avant tout...
« Passer le temps », « se distraire » ou encore « le plaisir ». Telles sont les raisons évoquées par les étudiants pour expliquer leur engouement pour la « PlayStation ». « La Play, soutiennent-ils, c’est avant tout le plaisir de jouer… de se sentir maître du ballon » par le truchement de manettes.
Ce plaisir, ils le partagent tous ! C’est devenu un facteur de rassemblement. « Je reçois en moyenne une quarantaine de joueurs par jour dans mon espace », raconte un propriétaire d’espace de jeu. « Élèves, étudiants et autres particuliers s’y retrouvent » poursuit-il.

Quand Drogba s’y mêle
Aujourd’hui, avec l’ascension de Drogba (Capitaine des éléphants de Côte d’Ivoire), ces espaces sont encore plus fréquentés. Les uns y vont pour se procurer le plaisir, celui d’être, en l’espace d’une partie, ce « Drogba » - là ; les autres pour, ne serait-ce que regarder, admirer ses prouesses !
Pour les propriétaires de consoles, c’est une aubaine. « Avec une console, l’on peut gagner jusqu’à 2000 FCFA par journée de travail à raison d’une série de cinq (5) parties de dix (10) minutes à 300 FCFA. » révèle ce gérant de console.
De nombreux étudiants ont dû pour se faire un peu d’argent investir dans cette activité. C’est le cas de ce propriétaire de console qui, après la maîtrise, a dû se reconvertir, depuis maintenant un (1) an le temps de trouver une activité stable.

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Stand de jeux vidéos appartenant à Vecchio, technicien en sécurité incendie - Cité Mermoz © Camille Millerand

VISITE GUIDEE | Premiers contacts avec le Campus

Campus universitaire de Cocody (l’une des 13 communes du district d’Abidjan). Il est presque 10 heures ce lundi 23 novembre 2009 lorsque nous arrivons sur cet espace, qui malgré son état de dégradation avancé, continue de recevoir le maximum d’étudiants du fait de sa grande capacité d’accueil. Nous (Camille et moi) sommes en compagnie d’un responsable syndical – que nous tenons d’ailleurs à remercier pour sa grande sollicitude – et de notre ami et compagnon de route Souleymane alias « Clef » (allez-y comprendre quelque chose !).
« Je vais te montrer un raccourci qu’aiment emprunter les étudiants ! », lance notre guide, dès notre descente du taxi, à Camille, qui semble être le seul « intrus ». Curieux, il sort son appareil pour ne rien rater des instants à venir.
Nous nous dirigeons vers les derniers bâtiments situés à « l’arrière-pays », puis entrons dans l’un d’eux (un bâtiment de filles je crois).Nous descendons rapidement les marches de l’escalier pour très vite nous retrouver au rez de chaussée. L’on peut déjà apercevoir un grand espace où plusieurs restaurants se côtoient. C’est le « bafond ». L’on devine aisément la concurrence rude qui règne en ce lieu.

Le raccourci du « maquis »
Notre guide désire nous montrer une autre réalité du Campus. Nous sommes donc amenés à traverser un pont de fortune constitué d’une simple planche placée au-dessus d’un caniveau. Puis, nous empruntons un chemin sinueux, le raccourci du « maquis », dans une sorte de forêt de palmiers. Des palmiers, qui aux dires de nos compagnons servent à la confection de « bangui » (mot baoulé pour désigné le vin de palme). A peine avons-nous avancé dans notre randonnée que l’on peut voir des constructions différentes de celles du campus. Des bâtisses de fortune, des habitations de particuliers et aussi un chantier en construction. Camille, le regard interrogateur, sera surpris d’apprendre que ce sont des bidonvilles - qui sont habités pour la plupart par des non-étudiants - qui ont progressivement pris pied sur le territoire universitaire. Et c’en n’est pas fini ! Car une autre surprise attend notre photographe « binguiste » (européen) !

Un peu plus devant, un autre pont ( ?) - si on peut encore l’appeler ainsi ! – nous attend. Quasiment défectueux, les étudiants sont obligés pour le franchir, d’exécuter des prouesses… de champions olympiques (voir photo) ! Ce chemin, en fait, est un raccourci qui relie la cité « U » de Mermoz (une autre résidence universitaire) au grand Campus universitaire, situé dans l’enceinte de l’Université. Périlleux, mais court, il reste le seul chemin pour ces étudiants, qui par manque de moyens, ne peuvent se payer le transport pour se rendre au cours.

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Arrière du campus universitaire © Camille Millerand
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Raccourci du maquis permettant de relier le campus et la cité Mermoz © Camille Millerand

PORTRAIT | « Super-Alidou » !!!

« Les mots me manquent… » ! Ah, la fameuse phrase ! J’ai toujours considéré les utilisateurs de cette expression comme des paresseux. Des personnes qui se cachaient derrière elle pour se refuser à toute réflexion jusqu’au juste mot…et pourtant, il ne m’a fallu qu’une rencontre. Un entretien d’environ deux (2) heures pour expérimenter cette sensation d’impuissance que vous ressentez en face d’une situation qu’aucun des mots que vous connaissez – du moins, ceux qui vous viennent à l’esprit – ne correspond pleinement. Cette expérience, je l’ai vécue lorsque je cherchais un titre à mon article. Un titre parlant qui pourrait à sa seule lecture tout dire sur mon personnage. Hélas j’ai dû me résigner au titre que vous savez car je crois qu’il le mérite, ce pseudo.

Sportif par un concours de circonstances
1998. Alidou, jeune handicapé physique, est nouvellement inscrit en première année d’anglais à l’université de Cocody. La même année, la Côte d’Ivoire accueille les championnats africains des sports paralympiques. Un appel est lancé à l’endroit des handicapés ivoiriens désireux d’y participer. Alidou y répond sans trop savoir quel sport il désire pratiquer. Nous sommes à deux (2) semaines de la compétition et le représentant ivoirien pour l’haltérophilie se blesse. Une aubaine pour notre futur champion qui se propose pour le remplacer. Le hic, c’est qu’il ne sait rien de l’haltérophilie. Absolument rien.

Un champion hors pair
La préparation se fait assez rudement car il doit assimiler beaucoup en peu de temps, étant entendu qu’il compétait contre des athlètes déjà aguerris. Mais il reste confiant. Vient le moment des compétitions. Notre athlète s’en sort - tenez-vous bien ! - avec la médaille d’or ! Et depuis, il n’en finira pas de goûter au sommet. Il est ainsi depuis 1998, à la fois Champion de Côte d’Ivoire et d’Afrique d’haltérophilie. Actuel recordman de l’Afrique de l’Ouest. Médaillé d’or à Athènes 2004, il sera, du fait de difficiles préparations, septième (7ème) à Pékin en 2008. Il est aussi médaillé d’or de l’équipe ivoirienne de basket en fauteuil. Il a même aujourd’hui monté sa propre équipe. Mais de tous ces acquis, un seul l’a véritablement marqué. En 2006, il est classé 5ème lors des mondiaux d’haltérophilie en Corée. « C’est comme-ci, un africain était classé 5ème mondial au tennis…Vous voyez ce que ça fait !

J’ai du faire des choix.
Pour maintenir cette vie de sportif de haut niveau, il a dû faire des choix. « J’ai dû, parfois manquer des compos lorsque les dates des compétitions coïncidaient avec celles des examens…Les profs ne voulaient en aucune manière m’accorder de dérogations », explique-t-il. « Mais grâce à Dieu, je n’ai jamais repris d’année jusqu’à ma maîtrise. Je réussissais en général en seconde session ! ».
En année de maîtrise, « je ne venais plus au cours ». « Ce sont les cours d’un ami en qui j’avais confiance que je photocopiais. Nous révisions ensemble. J’allais rarement à quelques Travaux Dirigés ».
Finalement, il arrêtera les études, après la maîtrise pour mieux se consacrer à sa carrière.

Un champion sans argent
C’est en ces termes qu’il se définit. « Les primes sont insignifiantes…A Pékin, j’ai reçu à peine huit cent milles FCFA come prime, Même pas le million ! ». Cela l’oblige à travailler, parallèlement à ses activités sportives. Aujourd’hui, il a quitté le campus et vit dans un studio dans un quartier proche. Il y a gardé de bonnes relations. D’ailleurs, il s’y entraîne régulièrement et encadre deux jeunes filles qu’il a amenées à l’haltérophilie ».

L’handicap, c’est dans la tête…
Sa force, c’est sa volonté de se faire accepter tel qu’il l’est. Pour lui, « l’handicap, c’est dans la tête. » En effet, il considère son handicap physique comme un défi qu’il faut relever quelques soient les obstacles qu’on peut rencontrer ; car ce ne sont pas les obstacles qui manquent surtout sous les Tropiques où « la population n’est pas assez éduquée à l’acceptation des personnes handicapées ».

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Portrait d’Alidou Bouateméné © Camille Millerand
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Alidou Bouateméné sur le terrain de basket du Campus. © Camille Millerand