Bienvenue au MaMa !

, par Olivia Marsaud

Le magnifique bâtiment néo-mauresque des Galeries algériennes, où l’on venait faire ses courses en famille dans les années 70, a été transformé en Musée d’art moderne. A l’intérieur, c’est blanc, lumineux, nickel. Devant les photos d’Hamid Seghilani (des noirs et blancs pris en France, à forte inspiration humaniste), plusieurs jeunes discutent à bâton rompus. Malika, Amal, Ghizlane, Nabil, Hicham et Nourredine font partie d’un groupe de photographes amateurs qui échangent leurs clichés via Flickr. Habitant Alger, Skikda, Blida ou encore Batna, ils se sont donnés rendez-vous au MaMa pour visiter le premier Festival national de la photographie, inauguré en septembre dernier.

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Cayenne © Karim Kal

Une première édition inégale où l’on trouve quelques pépites. L’exposition « Voyages » regroupe dix photographes algériens qui ont ramené des images du bout du monde. A côté de séries qui se rapprochent plus de l’album de vacances que d’une vraie démarche esthétique, on trouve de vrais regards photographiques. Comme celui de Karim Kal. Ce dernier photographie l’environnement urbain et s’intéresse aux identités territoriales et à leurs modes de représentations photographiques. Il a trouvé le terrain parfait à Cayenne, en Guyane. Il en donne à voir un « bilan social contemporain » passionnant.

Sidali Djenidi, lui, jette « Un œil sur la Chine » éclairant et éclairé. Des jeunes mariés pris sur le vif, une jeune femme stylée, arrêtée en pleine rue pour prier… On nage en plein décalage, à Pékin, Shanghai et Suizhou. « Généralement, les Algériens ne connaissent de ce grand pays et de cette grande civilisation, que l’ouvrier maçon des chantiers en Algérie. J’ai voulu donner une image plus riche de ce pays en mutation et raconter l’histoire de la Chine à ma manière », explique Sidali Djenidi. La Chine qui fascine, décidément, puisque Nadir Djama est aussi parti à l’assaut de l’Empire du Milieu. Tandis qu’Ashraf Kessaissia a parcouru plusieurs pays d’Orient, d’Asie et d’Europe et en a tiré un patchwork où se mêlent tendresse et humour. Fayçal Baghriche livre une série sur l’intérieur des mosquées de Montréal, voulant montrer des « espaces humbles et sans apparat, éloignés des hauts lieux de l’islam revêtus de dorures et d’ornements ». Il a placé son appareil dans la direction de la kibla : en regardant l’image, le visiteur regarde donc en direction de la Ka’aba…

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Mihrab de Madinah Photographie, 60 x 75 cm, 2010 © Fayçal Baghriche

El Hamdi Hamdikene offre ses « Rivages », une « poignée de photos comme une poignée de sable fin » pour évoquer les bords de mer. Des images graphiques, vides d’humains, qui pourraient avoir été prises n’importe où ailleurs qu’en Algérie. Enfin, Omar Meziani affiche sa vision particulière de Bamako, Ouaga et Saint-Louis, à travers la jeunesse africaine de ces villes. Photos volées, nocturnes, flous, vie…

Après ce voyage, le lieu accueille aussi « L’attente », fruit d’une résidence de création de huit artistes algériens et français à l’hôtel des Aftis à Jijel, en 2009. Une première du genre dans le pays, impulsée par le Collectif « Noir sur blanc » (composé des associations Chrysalide d’Alger, Gertrudell de Lyon et Perséphone de Sétif). « L’attente, une exposition qu’on n’attendait pas », dit le cartel. Une « exposition inattendue, imprévue dans ses propositions plastiques comme dans l’inspiration qui les fait naître ». Place ici aux installations et vidéos (le lieu s’y prête d’ailleurs fort bien). Halida Bougriet et son diptyque photographique, son écriture sur les corps nus, l’installation sonore de Sandrine Picherit, le montage de Fayçal Baghriche de deux versions du film « Le Message » (« Al Rissala », Mustapha Akkad, 1978) : l’une avec le casting arabe, l’autre avec le casting hollywoodien. Ou encore « Article 13 » d’Ammar Bouras, qui rappelle que « toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat ». Et que « toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».

L’exposition dure jusqu’au 15 novembre
25, rue Larbi Ben M’hidi
Ouvert du dimanche au vendredi de 10h à 18h

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Exposition au MaMa © Olivia Marsaud

Le MaMa

Le MaMA se trouve au cœur d’Alger, un cœur battant chargé d’histoire(s), qui s’est souvent emballé. Le bâtiment est situé en face de la Cinémathèque et à deux pas du Milk Bar : deux lieux emblématiques (l’un de résistance culturelle, l’autre de résistance politique - l’attentat du 30 septembre 1956 est encore dans les mémoires). La bâtisse néo-mauresque (appelée Galeries de France puis Galeries algériennes), conçu par Henry Petit, date de 1909. Cent ans plus tard, sa réhabilitation a été confiée au jeune architecte Halim Faïdi. Qui explique : « Nous n’avons rien enlevé. Nous avons simplement créé un nouvel ordre. Je comprends que cela émeuve les nostalgiques. Mais il s’agit d’une réhabilitation, pas d’une restauration. Restaurer, c’est refaire à l’identique. Réhabiliter, c’est injecter une nouvelle fonction. Le bâtiment est resté, mais il est investi d’un sens nouveau. » Sur les 13 000 m2 totaux, 4 500m2 ont été inaugurés en 2007.