Drum Magazine, une chronique des années Apartheid sous l’oeil des photographes sud-africains

, par Nathalie Belayche

De 1951 à 1965 en particulier, le magazine Drum a été une plateforme pour l’émergence d’une génération de photojournalistes sud-africains engagés dans la lutte contre l’Apartheid.

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© Bob Gosani – ‘Tausa Dance’ , 1954

Formés par Jürgen Schadeberg le chef du service photo de Drum de 1952 à 1963, les photographes dont Bob Gosani, Peter Magubane, Alf Kumalo, Ernst Cole, Ranjith Kally, étaient entrainés à tous les types de reportages, news, sports, mode, portraits, lifestyle...

Mais c’est surtout en documentant des moment clés qui ont jalonné les combats contre les injustices du régime de l’Apartheid que les photographes de Drum vont établir leur réputation. Certaines de leurs photos vont devenir des icônes de l’histoire de l’Afrique du Sud et révéler au monde entier la réalité du système.

Bob Gosani, entré à Drum à 17 ans comme coursier au début des années 50, va vite devenir un des photographes les plus célèbres. Il est l’auteur de nombreuses photos qui ont marqué l’histoire de l’Afrique du Sud comme le reportage réalisé d’un toit voisin de la prison The Old Fort à Johannesburg, témoignant du traitement humiliant des prisonniers, connu sous le nom de "Tausa Dance". Ces photos publiées dans Drum en mars 1954 ont déclenché un débat public et forcé le gouvernement à intervenir pour en interdire la pratique. Pendant le Procès de la Trahison ("The Treason Trial"), étalé de 1956 à 1961, Bob Gosani signera aussi une photo devenue fameuse montrant le jeune Mandela dans un match improvisé avec la star de la boxe, Jerry Moloi.

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© Bob Gosani – Nelson Mandela Boxing, 1957

Les événement politiques couverts par les photographes de Drum au cours des années 50-60 vont continuer à attirer l’attention. La période de "La campagne de Défiance" (The Defiance Campaign) débutée en 1952 en réaction au durcissement des lois de l’Apartheid, a été aussi celui de l’age d’or du magazine.

Pendant ce temps les conditions d’exercice pour les photographes vont
devenir plus difficiles. Pour Peter Magubane, entré à Drum en 1954 où il y est resté jusqu’en 1963, "photographier était un acte militant. J’avais le devoir d’utiliser mon appareil photo pour montrer aux sud africains et au monde entier ce qui se passait dans notre pays".

Le climat va s’assombrir à partir de 1959 avec la destruction par les bulldozers du quartier de Sophiatown, et devenir plus hostile encore pour les photographes après "Le massacre de Sharperville" en mars 1960, où 69 manifestants pacifistes rassemblés contre les "Pass Laws" qui imposaient aux noirs un passeport intérieur pour circuler, furent tués par la police. Ce sont les photos de Peter Mugabane mais aussi, celles de Ian Berry, photographe britannique fraichement émigrés, qui vont alerter l’opinion internationale sur la brutalité du régime sud-africain. Drum a été ensuite interdit de 1965 à 1968.

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House of Bondage, Ernest Cole – Randhom House 1967

Toutefois, le témoignage le plus percutant et le plus critique sur le régime de l’Apartheid et les conditions de travail dans les mines est sans doute celui de Ernest Cole, qui a brièvement collaboré à Drum à partir de 1956. Reclassifié en "métis", il partit s’exiler à New York en 1966 où il publia en 1967, le livre House of Bondage. Ce livre est resté interdit en Afrique du Sud jusqu’en 1994. Les photographies de House of Bondage ont néanmoins exercé une influence considérable sur la conscience des photographes Anti-Apartheid, qui ont émergé dans les années 70-80 avec la mouvance de la "struggle photography" et la création de l’agence Afrapix.

Entré dans la légende, le magazine Drum ne cesse d’être redécouvert à travers films, livres et expositions. Une de ses plus grande force a été de mettre l’accent sur la formation de jeunes photojournaliste sud-africains. En ce sens, "L’école Drum" a participé à l’écriture de quelques chapitres d’une histoire de la photographie en Afrique du Sud.

Cependant, ces archives historiques conservées par le fond Bailey African History Archives, géré par les héritiers de Jim Bailey l’ancien propriétaire de Drum, laissent apparaitre encore des zones d’ombres. Un litige persiste depuis quinze ans concernant des crédits erronées sur l’attribution de certaines photos, des problèmes de copyright sont toujours irrésolus et surtout les photographes n’ont jamais pu récupérer l’ensemble de leurs négatifs … Pour les anciens photographes de Drum, le combat continu.

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© Ian Berry – Massacre de Shaperville, 21 mars 1960
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© Ernest Cole – Handcuffed Man photo extraite de House of Bondage, 60’s
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© Peter Magubane – Le lendemain du massacre de Sharperville, 22 mars 1961
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© Alf Kumalo – Bob Kennedy en visite à Soweto, 1966
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© Ernest Cole – Police Swoop photo extraite de House of Bondage, 60’s

Voir en ligne : foodforyoureyes.tumblr.com