Et pourtant, ils tournent

, par Benjamin Seze

Dans son livre « Minorité visible cinéma invisible », le photographe Samuel Nja Kwa propose une série de portraits de comédiens et réalisateurs noirs évoluant dans le cinéma français et pourtant peu connus du grand public.

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Aïssa Maïga © Samuel Nja Kwa

Soixante. Comme soixante fois deux pages. Ils auraient pu être une centaine, voire plus, « mais je me suis tenu à la limite fixée par l’éditeur », explique Samuel Nja Kwa.

Le photographe franco-camerounais consacre son dernier ouvrage « Minorité visible cinéma invisible » aux comédiens, réalisateurs, metteurs en scènes et compositeurs français d’origine africaine.

« Au début, j’avais prévu de me cantonner aux Africains, puis j’ai élargi aux Afro Antillais. »

Le livre est né d’un constat : « Les comédiens noirs ne sont pas assez visibles dans le cinéma français. »

Pour tirer le projet, il fallait « quelques figures de proues ». Samuel Nja Kwa contacte les comédiens Émil Abossolo Mbo et Jean-Michel Martial, les actrices Aïssa Maïga et Mata Gabin. Parmi les autres, certains lui ont été présentés par un ami, puis « ils se sont passés le mot, j’ai reçu pas mal d’appels. ». Il dit ne pas avoir fait de choix. La seule exigence : un CV un peu fourni.

Spontanéité.

Le photographe a voulu privilégier la spontanéité. Pas de rendez-vous dans un studio, mais un coup de fil à l’improviste et Samuel rejoint illico son sujet là où il se trouve. Une sorte de casting dans la ville. La pose ? « Je les ais laissé faire. » Pris « sur le vif », sans costume, sans maquillage, ni mise en scène, chacun se montre tel qu’il est.

Résultat : à la lecture, les images se suivent mais ne se ressemblent pas. Les contrastes entre les comédiens apparaissent. Un seul élément fait le lien entre tous : un « clap » sur lequel chacun s’est exprimé, à la craie. En une phrase, le comédien résume l’idée qu’il se fait du cinéma français.

Pour accompagner les photos, une filmographie succincte du sujet. Rien en revanche sur son histoire, son parcours, ses galères, ses envies. Pour en savoir plus, il faudra chercher ailleurs. Dommage.

L’auteur explique ne pas avoir voulu faire une enquête, ni un recueil de témoignages, encore moins une encyclopédie. Son travail s’apparente plutôt à un catalogue. « Je voulais montrer leur gueule et leur CV. Trop souvent, on voit des réalisateurs blancs dire à la télévision : « On ne trouve pas de comédiens noirs ». Et pourtant, ils sont là, et ils ont de l’expérience. Il n’y a qu’à se servir. »

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Eric Ebouaney (à gauche) et JM Martial (à droite) © Samuel Nja Kwa

Minorité visible, cinéma invisible
Parution Octobre 2011
Dagan éditions
Photographies de Samuel Nja Kwa
Préface de Jenny Alpha
Bilingue anglais-français, 156 p, 35€
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Voir en ligne : routedujazz.free.fr