Les Nuits de Bamako à Chalon-sur-Saone exposition de Malick Sidibé au musée Niépce

, par Samuel Nja Kwa

Malick Sidibé est certainement le photographe africain dont les oeuvres sont les plus montrées dans le monde : de la France aux Etats-Unis, en passant par l’Allemagne, l’Espagne ou l’Afrique, ses oeuvres suscitent toujours un vif intérêt pour celui qui les regarde. Au Musée Nicéphore Nièpce de Chalon-sur-Saône , il présente ses photographies sur les nuits de Bamako dans les années 60. Un témoignage sur la période faste des indépendances africaines.

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Malick Sidibé Les faux fumeurs, juin 1976 © Malick Sidibé / association GwinZegal

C’est au premier étage du musée que se tient l’exposition. Sur 80m2, les photographies, accrochées sur les murs sous forme d’albums photos, vous replongent dans les années 60. De nombreux pays africains viennent d’accéder à l’indépendance, « C’est le temps des yéyés, du twist, des 45 tours et ses images respirent l’insouciance. »
A l’entrée de la salle, sur la gauche, Malick parle de son travail dans un film. Il rappelle qu’il fut d’abord berger. Lorsque les colonisateurs arrivèrent en Afrique, il fut obligé d’aller à « l’école des blancs ». Il aimait dessiner, décorer, ce qui l’amena à décorer le studio photo d’un Français dont le travail consistait à photographier les blancs. Il fut embauché comme homme à tout faire : caissier, porteur de matériel. Avec son premier salaire, il s’acheta un petit reflex. C’est ainsi qu’à son tour il se mit à photographier les autochtones. Malick raconte que lorsqu’il commença à photographier les gens dans les soirées, il devait développer et tirer les photographies le soir même, afin de les afficher pour ses clients. Il lui arrivait de faire 3 ou 4 soirées dansantes le même soir et de rentrer au alentours de 6 heures du matin.

Ses images, Malick ne les faisait pas en pensant à l’artistique ou à une éventuelle exposition dans un musée. Son soucis était plutôt pécuniaire, nourrir sa famille au quotidien. La photographie demeurait tout de même sa passion première. « Les portraits sont pris sur le vif, au flash, ils fixent la spontanéité d’une jeunesse euphorique qui cherche sa place au sein d’une société en pleine mutation. » Les images montrent la jeunesse « bamakoise ». Des jeunes hommes en costumes, des jeunes femmes en mini-jupes, des couples mixtes.

Lorsque Malick réalise ses portraits, il a l’âge de sa clientèle. Elle « vient en partie de Bagadadji, quartier populaire dans lequel est installé son studio. De nombreux clients passent au studio le soir avant de se rendre dans les clubs au centre ville. » Pour illustrer l’ambiance de l’époque, les sujets sont toujours mis ou photographiés en situation : entrain de danser, de marcher, de discuter, de boire, de rire. Cette spontanéité va faire la renommée de Malick qui devient rapidement le photographe le plus populaire et le plus demandé de la capitale.

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Malick Sidibé Anniversaire bébé, janvier 1971 (à gauche) / Santa Monica, 10-2-69 (à droite) © Malick Sidibé / association GwinZegal

Les légendes des images sont inchangées. Il n’y a pas de thème particulier. Le titre de l’image dépend de la situation de celui qui est photographié. « Avec mon soutien-gorge et mon slip » par exemple montre tout simplement une femme en soutien-gorge et en slip ; « les faux fumeurs », deux jeunes gens faisant semblant de fumer. Il y a aussi « le boxeur amateur » etc. Les légendes peuvent paraître naïves, mais traduisent bien cette insouciance des années 60. Lorsqu’un client arrivait et demandait ses photos, on imagine Malick lui demander comment il était habillé ce jour. En plus des dates et des numéros ces légendes lui permettait de retrouver rapidement les photos.

Ces photographies montrent déjà une Afrique moderne, qui vit au rythme du monde. Malick témoin de l’histoire ? Malick le poète ? Malick le génie ? Le photographe n’a pas pour autant changé sa façon de vivre. Bien qu’il soit sollicité à travers le monde, qu’il reçoive d’illustres distinctions, le photographe garde son humour et s’étonne toujours que les gens s’émerveillent face à ses images.

L’exposition s’accompagne du livre « Malick Sidibé, chemises » et de l’ouvrage « Bagadadji » .