Paris Photo 2011, mais où est l’Afrique d’aujourd’hui ?

, par Sarah Preston

Paris Photo nous est revenu du 10 au 13 novembre ! Au Grand Palais des centaines de galeries, magazines, libraires et maisons d’édition, en tout, plus de 130 exposants nous ont dévoilé leurs joyaux. Quel bonheur de déambuler dans ce grand espace au milieu de pièces rares, uniques ou tout simplement sublimes. De Margaret Julia Cameron à Sebastião Salgado en passant par William Eggleston, Paris Photo est un merveilleux voyage à travers l’histoire de la photographie.

De Bamako à Cape Town, cette année, Paris Photo mettait l’Afrique à l’honneur, avec, entre autres, une collection privée allemande, la Walther Collection et un stand spécial consacré aux Rencontres de Bamako et plus spécialement aux talents émergents de ce festival (qui, a lieu cette année de novembre 2011 à janvier 2012). Paris Photo fut l’occasion de découvrir un florilège de talents venus d’un continent trop souvent mis à l’écart. Mais en fin de parcours, 48 heures plus tard, on reste un peu sur sa faim...

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Ayana V. Jackson - "Povporn : Death", 2011 - Archival pigment print (Edition of 6 + 2AP) 153x145cm. © Ayana V. Jackson - Courtesy Gallery Momo, Johannesburg. - On view at Paris Photo 2011 from november 10th until November 13th.

Commençons par le commencement : c’est toujours avec un très grand plaisir que l’on découvre ou que l’on redécouvre les portraits de Malick Sidibé, de Samuel Fosso, et d’Adama Kouyaté. Malick Sidibé, avec sa délicate série de femmes vue de dos, aurait-il fait, comme certains le disent, un écart timide vers un peu d’érotisme (les dos sont souvent à moitié dénudés), ou y a-t-il une volonté de mettre en valeur non plus le regard de ses sujets mais la coordination des tissus et des motifs ?

Pour rester dans le classique, la Revue Noire qui marque son retour avec un stand des plus impressionnants et des plus riches en découvertes, propose une série de magnifiques tirages barytés du photographe congolais Jean Depara (1928-1997). Des portraits posés dans les rues de Kinshasa, mettant en scène, de nuit comme de jour, à la sortie des bars et des dancings, une jeunesse avide de rires et de musique. Face aux tirages « Salutations de Franco après le concert », on ne peut que s’incliner devant un tel ouvrage.

Autre perle, discrètement exposée au fond de la galerie belge Fifty One Fine Art Photography : les portraits de Philip Kwame Apagya. Ce Ghanéen né en 1958, réinvente à sa manière le portrait classique en studio. Il peint lui-même ses fonds en trompe l’œil, devant lesquels ses sujets sont mis en scène. Il en résulte des scénettes en couleurs, hilarantes, où tout le monde, photographe et modèles, s’invente un monde fait de ghetto blaster, de cuisine high tech, de maison d’architecte, ou encore d’avion à la destination exotique. C’est frais, c’est drôle …

Nous continuons notre promenade. On se perd dans les allées et les traverses, on passe et on repasse devant les mêmes stands. Paris Photo, même au Palais de la découverte, reste une véritable épreuve de force. Il semblerait que, pour entrer dans la thématique de cette année, les exposants aient fouillé leur fond d’archives pour en ressortir tout ce qui pourrait, de près ou de loin, évoquer une certaine Afrique. Celle des masques et des cérémonies traditionnelles (Walker Evans, Paul Verger, George Rodger), des fantasmes et des corps nus (Peter Beard), des scarifications (Irving Penn), ou encore une Afrique théâtre d’actualité choc (environnement, pollution, guerre). Chacun y met son grain de sel, l’hémisphère nord a toujours son mot à dire sur comment les choses doivent être montrées. Mais où sont les acteurs concernés et les photographes et galeristes du continent africain ?

Il y a bien quelques galeries, mais si peu... Seule l’Afrique du Sud a pu s’offrir quelques stand. On compte en tout quatre galeries : la galerie Stevenson, la galerie Momo, la galerie Goodman, et la galerie Bailey Seippel. C’est peu, et l’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi beaucoup de photographes de talent Maliens, Burkinabéns, Ghanéens, Zimbabweéns ne sont pas représentés. Paris Photo n’aurait-il pu proposer un tarif préférentiel aux galeries et aux photographes moins nantis, ou carrément les inviter à participer gratuitement à cet événement de renommée internationale ? Paris Photo est une grande foire, un marché où l’on vient acheter. Pourtant, on se dit qu’une exposition aussi réussie aurait pu faire une petite place, à but non lucratif, pour permettre au visiteur de découvrir de nouveaux talents.

Heureusement ils sont quelques uns à avoir pu se frayer un chemin. D’abord, la Revue Noire. On y découvre les travaux du Congolais Alain Polo et du Malgache Joel Andrianomearisoa. Ce dernier est plus plasticien que photographe, voire même designer. Son travail photographique très sombre offre cependant un souffle nouveau à l’image de l’Afrique montrée jusque-là à Paris Photo. Tout comme le travail d’Alain Polo, une série de portraits ou d’autoportraits qui semblent toucher de loin à la question du genre. C’est aussi de genre que parle Zanele Muholi. Cette jeune femme sud-africaine représentée par la galerie Stevenson (pour sa série de portraits de femmes homosexuelles), dont le travail est exposé dans la collection Walther et chez les talents émergeants de Bamako. Elle met en scène un homme posant dans des vêtements de femme. Il est intéressant de constater là encore que le genre est au centre du questionnement photographique de l’artiste.

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Zanele Muholi Miss D’vine I, from the series, Miss D’vine (2007) Courtesy of the Artist and Michael Stevenson, Cape Town

Et puis il y a l’impressionnante collection allemande Walther : des photographes du continent africain, des classiques, mais aussi des jeunes au talent prometteur. On notera entre autres les travaux de Nontsikelelo Veleko, cette sud-africaine qui photographie la mode urbaine dans les rues de Cape Town. Pieter Hugo, Guy Tillim, Santu Mojofeng... Ils sont nombreux à être exposés dans ce stand, l’un des plus importants de l’événement, un projet qui impressionne par ses acquisitions et qui offre quelques regards nouveaux fraichement issus du continent africain.

Il y aussi la jeune galerie Momo, née en 2003. C’est la seule qui soit entièrement gérée par des artistes noirs. Le travail impressionnant de l’artiste Ayana Jackson, qui combine sous forme de collage, photographies noir et blanc et photographies couleur, pointe du doigt le problème de la représentation de l’Afrique en photographie. Femmes nues offertes au regard de tout un chacun, corps sans vie sur fond de forêt, un travail puissant qui fait réfléchir.

Enfin, cette petite promenade de santé sur l’état de la photographie contemporaine se termine par le stand des talents émergents de Bamako. Havre de paix, loin des spéculations financières, cette allée semble être le refuge de nombreux photographes venus de loin. On y discute, on y fait des rencontres, on ose poser des questions. Ils sont 12 à exposer, à nous parler de mode (Baudouin Mouanda), de changement climatique (Nyani Quarmyne), de pollution (Nyaba Leon Ouadraogo), mais on remarque aussi des regards que l’on ne peut classer et qui nous parlent d’une Afrique qu’on ne connaissait pas jusque là ; de la vie sous les ponts de Uche Okpa Iroha au Nigeria et les formidables clichés plein d’ironie de Hassan & Hussein Essop, les collages fantasmagoriques de Nestor Da et enfin le travail courageux de Zanele Muholi.